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Création de cercles de solidarité, de transformation sociale, écologique, économique, institutionnelle et politique.

26 avril 2020
Luis Guillermo Pérez Casas
Magistrat du Conseil National Électoral de Colombie
Défenseur des droits humains

“Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” Albert Einstein.

La pandémie à laquelle nous faisons face actuellement met en exergue la grande vulnérabilité de l’espèce humaine. Il apparaît alors et de la manière la plus crue, que l’argent ne peut acheter ni la santé ni la vie. Plus rien ne sera comme avant, dès lors, sommes-nous prêts à assumer ces changements ? Serons-nous capables de mettre l’économie au service de la vie, plutôt que de mettre l’humanité au service de ceux qui détiennent le capital ?

La fameuse main invisible de l’économie de marché a mis à nu les inacceptables limites de l’individualisme et les risques d’extinction de la race humaine. Cette proposition constitue un appel à la raison afin de nous transformer en tant qu’espèce ; pour défendre les droits de la nature, pour que la solidarité compte davantage que l’égoïsme, pour que la paix soit plus forte que la guerre, pour que l’amour soit au-delà de la haine, pour que la justice prime sur l’impunité. Pour que la démocratie soit la scène essentielle à la mise en place de ces changements profonds dont l’humanité a tant besoin.

Dans le dernier rapport de l’ONU, Global Environment Outlook (GEO 2019), où 250 experts se sont penchés sur l’état de la planète, il est estimé que la pollution atmosphérique est la cause de six à sept millions de morts prématurées chaque année, que le manque d’accès à l’eau potable provoque le décès de 1,4 million de personnes par an des suites de maladies qui pourraient être évitées telles que les diarrhées et les parasites engendrés par les eaux contaminées. Il est estimé également que 3200 millions de personnes vivent sur des terres dégradées par l’exploitation agricole intensive et la déforestation. Avant la crise que nous traversons, 1200 personnes mourraient encore toutes les heures par manque de médicaments et un enfant de moins de quinze ans mourrait toutes les cinq secondes à cause de maladies diarrhéiques et de maladies parasitaires intestinales, soit 6,3 millions d’enfants par an. Actuellement, un tiers de la population mondiale n’as pas accès aux médicaments pharmaceutiques.

Entre temps, les multinationales pharmaceutiques continuent à multiplier leurs richesses : elles facturent chaque année mille milliards de dollars, soit l’équivalent de 1,3% du PIB mondial. En contrepartie, dans la plupart des pays, le personnel soignant est mal payé et ne dispose pas de stabilité professionnelle. D’un autre côté, la FAO nous informe que plus de 820 millions de personnes souffrent de la faim et que près de deux milliards menacent d’en souffrir alors qu’un tiers de la production alimentaire mondiale termine à la poubelle, soit 1700 millions de tonnes de nourriture chaque année.

Par ailleurs, le rapport GEO prévient que pour l’an 2050, les possibilités de survie de l’humanité seront drastiquement limitées. Ainsi, la destruction serait provoquée par la disparition de la couche de glace de l’Arctique, par l’augmentation des morts provoquées par la pollution de l’air dans les villes ainsi que par la propagation du désert dans de larges régions de la Terre. Environ 4000 millions d’individus pourraient agoniser à cause de la désertification, principalement en Afrique et en Asie du Sud. Le rapport indique également que les particules polluantes présentes dans l’environnement immédiat pourraient mener à l’inefficacité des antibiotiques sur l’être humain, cela deviendrait donc la première cause de mortalité dans le monde à partir de la deuxième moitié de ce siècle.

Les inégalités sont au cœur du problème. Crédit Suisse affirme dans son rapport Global Wealth Report, que 45% de la richesse mondiale se trouve entre les mains de 1% de la population. En contrepartie, 90% de la population possède moins de 20% de la richesse disponible.

Les inégalités et injustices citées ci-dessus ont été constatées avant la crise mondiale provoquée par le COVID-19. A l’heure d’écrire ces lignes, l’OMS dénombre trois millions de personnes infectées et 205 mille morts. De plus, dans presque la totalité des nations, l’état d’alarme a été décrété, la population reste confinée et des restrictions à la démocratie sont d’application. Avant qu’un vaccin ne soit trouvé, des millions de personnes seront décédées et quelques autres millions mourront de faim. De nombreuses émeutes sociales éclateront de plus en plus fréquemment à travers le monde et la violence engendrera d’innombrable morts : c’est alors que les institutions et les gouvernements collapseront.

L’humanité ne sera plus la même une fois que nous aurons surmonté cette pandémie, la question qui se pose est donc : serons-nous meilleurs ou pires ; aurons-nous de meilleurs ou de pires gouvernements ; aurons-nous une gouvernance démocratique ou continuerons-nous a être dirigés par le pouvoir de l’argent et des armes ? Serons-nous capables de surmonter le patriarcat qui, au cours de cette pandémie a provoqué l’augmentation des inégalités et de la violence faite aux femmes ? Serons-nous capables de laisser derrière nous la culture du plus fort qui laisse mourir ses personnes âgées et celles atteintes de handicap ?

Le virus met à nu ce que nous avons fait de ce monde, de la vie, des relations, de l’environnement, de la planète. Il tire le portrait de toutes les conséquences d’un modèle centré sur la marchandisation de la vie (ce que nous appelons « capitalisme » ou dans son expression la plus dure le « néolibéralisme ») mais il nous montre également qu’il est possible de le transformer, de nous transformer, d’être différents. Néanmoins, la tâche de transformer l’humanité ne peut dépendre uniquement des réactions de la nature face aux forces prédatrices du système. Il en va de notre responsabilité de l’assumer et de la concrétiser.

L’humanité ne peut plus supporter, qu’au nom de la liberté et des forces du marché, une minorité continue à s’approprier les ressources de la planète, qu’elle continue à soumettre la démocratie et l’interaction politique pour servir ses intérêts et qu’elle provoque ainsi la destruction des écosystèmes et de la biodiversité mettant en péril la survie même de l’espèce.

La santé, l’alimentation, l’accès à l’eau potable, l’éducation, le revenu de base, la pension tout comme d’autres droits fondamentaux ont été transformés en marchandise. Même la sécurité et les individus ont été transformés en marchandise dans plusieurs régions du monde, pour devenir ainsi les nouvelles formes d’esclavage imposées par le consumérisme.

L’État, loin de garantir les droits humains, s’est plutôt consacré à la répression des protestations sociales qui les réclament, de cette manière il assure le statu quo et reste au service des plus puissants. D’un autre côté, les organismes internationaux tendent, de par leurs décisions, à assurer la prolifération du capital financier et spéculatif qui se trouve donc dans les mains de ce 1% qui contrôle la richesse mondiale. Sous prétexte d’assurer la sécurité, de nombreux gouvernements autoritaires sont tombés dans la xénophobie, le racisme, la discrimination, et se sont engagés dans la voie de la destruction des libertés civiles, des droits sociaux et collectifs, portant ainsi atteinte aux processus d’intégration les plus significatifs tels que L’Union Européenne.

De toute évidence, il est plus que jamais primordial d’assurer la défense intégrale des droits humains, la protection des droits civils et politiques ainsi que la réalisation des Droits Économiques, Sociaux, Culturels et Environnementaux.

Que devons-nous faire ? Nous organiser de manière à atteindre l’administration publique à un niveau local, régional et mondial au moyen de la promotion de gouvernances démocratiques étatiques et internationales, par la solidarité et non la charité, par l’intégration des peuples et dans l’intérêt de transformer l’humanité et de protéger les droits de la nature.

Unissons-nous, ceux qui considérons qu’il faut agir maintenant au moyen de la participation citoyenne, par le tissage de l’amour et de la responsabilité sociale. Il en va de dépasser les différences religieuses, idéologiques et politiques. Unissons-nous, ceux qui en avons la conscience et la volonté, afin que les personnes les plus aptes, celles qui font preuve de leadership populaire, les personnes honnêtes et solidaires puissent arriver à tous les niveaux de pouvoir public.

Par conséquent, j’invite à la création de cercles de solidarité, de transformation sociale, écologique, économique, institutionnelle, politique, aussi bien dans les zones rurales, que dans les villages, dans les villes, dans tous les pays et tous les continents. Des cercles formés par 10 ou 30 familles ou par des personnes qui partagent les objectifs présentés ici.

La base morale de ces cercles doit être l’empathie dans sa définition suivante « participation émotionnelle d’une personne à une réalité appartenant à autrui ». Il ne s’agit pas de solidarité entre pairs mais bien entre individus qui sont différents. Il s’agit de s’entre-aider, de soutenir ceux qui en ont le plus besoin, toujours dans le cadre du respect, de la compréhension et de la solidarité. Afin de bien pouvoir se mettre à la place des autres, afin de transformer les pratiques individuelles et collectives, il est essentiel de reconnaître ceux qui auparavant nous étaient étrangers et de les comprendre dans leur condition humaine. Il s’agît de construire notre propre réseau social, non seulement avec ceux qui nous entourent et avec lesquels on sympathise, mais aussi et surtout, de tisser des liens avec toutes celles et ceux qui jusqu’à présent ne faisaient pas partie de notre cercle social et cela dans le but de leur faire prendre part à ce processus de transformation humaine.

Chaque cercle pourrait être composé de personnes qui sont proches mais il devrait également être composé d’individus de différents secteurs sociaux, différentes ethnies, aussi bien avec les citadins qu’avec les villageois, les indigènes, les chefs d’entreprise, des anciens et des jeunes, sans discrimination de genre ni de toute autre nature, avec des personnes qui partagent l’idée que l’économie doit être au service de tout un chacun et en particulier au service des personnes les plus vulnérables. Nous devons nous assurer la garantie du droit à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à la pension, au plein emploi ou à un revenu de base pour celles et ceux qui n’ont pas un emploi digne. Il s’agit également de reconnaître et d’élargir les droits de la nature, de promouvoir l’intégration des peuples.

Chaque cercle, sera chargé de promouvoir l’intégration et la solidarité entre ses membres et aura des délégués qui communiqueront entre eux. Un fond social sera créé où les membres pourront participer dans la mesure de leurs possibilités. Si les cercles se multiplient à l’image de cellules qui s’unissent de manière horizontale, nous serons capables de bâtir une force sociale indestructible en mesure de transformer chaque nation, de transformer le monde.

Les cercles constitueront les bases d’une démocratie authentique et quotidienne, ses participants seront en formation constante et collaboreront les uns avec les autres afin de partager les biens matériels dont ils puissent disposer. Cela, dans le but de nourrir un nouveau sujet social capable de transformer personnes, familles, communautés et États.

Les cercles n’auront pas de hiérarchies mais se coordonneront entre eux afin d’atteindre les objectifs à court, moyen et long terme. Les cercles ne pourront être intégrés par quiconque soit promoteur de toutes formes de violence ou discrimination. La non-violence sera un principe, une pratique et un objectif. De plus, ils contribueront à éradiquer la corruption publique et privée ; à promouvoir un État et un ordre interétatique afin de garantir le respect intégral des droits humains, de respecter et d’élargir les droits de la nature et de l’environnement pour ainsi garantir la protection et la récupération des écosystèmes et de la biodiversité de la planète.

Les cercles contribueront à promouvoir un nouvel ordre économique national et international où les États interviendront dans l’Économie de manière à garantir l’application des droits mentionnés ci-dessus. L’économie sera focalisée sur les énergies renouvelables. Des régimes tributaires à caractère national et international seront créés afin que ceux qui possèdent le plus paient davantage d’impôts. Les dépenses militaires seront réduites tout comme les forces armées à travers le monde. Les Nations Unies seront quant-à-elles transformées pour garantir une gouvernance démocratique globale et une véritable démocratie multilatérale.

La libre entreprise n’aura d’autres limites que la garantie pleine et intégrale des droits humains et de la nature. Les cercles contribueront à l’émancipation de la femme, de la jeunesse, des communautés les plus vulnérables et de l’ensemble des peuples afin que tous ensembles, ils participent à l’élaboration de relations de pouvoir horizontales avec les acteurs publics qui comprendront alors que le défi de transformer l’humanité ne peut plus attendre.

Les cercles seront répartis entre le Nord et le Sud, d’Ouest à Est, toutes les communautés ethniques, religieuses, sportives, artistiques, académiques, scientifiques, économiques, sociales, de tous genres et de tous âges, de personnes présentant un handicap, de professionnels et de politiques, de leaders sociaux et en somme, de toute personne qui partage les objectifs de cet appel à promouvoir une société plus libre, plus juste et inclusive, basée sur les principes d’égalité des droits, d’équité sociale et de responsabilité historique. Tous ceux-là, sont invités à nourrir et multiplier la présente proposition.

Les cercles de solidarité, de transformation sociale, écologique, économique, institutionnelle et politique, n’appartiennent à personne, ni à un parti politique, ni à une institution religieuse, ni à un pays, ni à une culture en particulier. Ils naissent pour te transformer, les transformer, nous transformer, transformer l’humanité et pour survivre avec une dignité individuelle et collective à cette pandémie. Mettons en œuvre la maxime de Paulo Freire : « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les êtres humains s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde ».

Face à la crise sociale et écologique mise aujourd’hui en évidence par cette pandémie, les cercles participent au développement de la participation en tant que droit et devoir des citoyens à faire de nous de meilleures personnes, une meilleure société et à prendre soin de notre foyer commun qu’est notre planète ou, comme l’appellent les peuples indigènes, notre mère Terre.

Nous nous retrouverons sur les réseaux sociaux et nous avancerons avec vigueur et avec une force telle qu’après cette crise nous n’assisterons pas à l’apocalypse mais bien à la renaissance de l’humanité.

« Nous ne sommes pas des rêveurs, nous sommes l’éveil », Slavoj Zizek.

(Si vous souhaitez réagir à cette proposition, vous pouvez envoyer un courriel à CirculosColombia@gmail.com)

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